Le syndicalisme, selon M. Fatchamps
propos de M. Jules Fatchamps, 77 ans,recueillis par des élèves de l’Athénée Royal d’Auderghem
Le syndicalisme à travers Jules Fafchamps. Monsieur Fafchamps, originaire de la région Liégeoise a 76 ans aujourd’hui et fut membre très actif de la CSC dès 1949. Cet ancien ouvrier du bâtiment nous raconte comment il a vu, vécu et participé aux avancées syndicales de son pays. A 14 ans, il devient le garçon d’un maître ouvrier maçon. Il doit faire son ciment, chauffer son bidon, lui porter ses briques,…Le maître est difficilement satisfait, Jules doit pourtant accepter ses conditions : c’est le début d’un long combat. En effet, après son service militaire de 1952 à 54, il veut se rendre en Allemagne pour y apprendre la langue. En demandant de l’aide au syndicat de Liège il se fait engager, et sa vie prend un tout autre tournant.
Au début de l’industrialisation, les conflits sont « écrasés » par les patrons et la police et les grèves sont perdues. Les syndicats,eux, tentent de s’organiser au niveau des entreprises mais doivent toujours se renforcer sur le plan de la solidarité. Sur bases de projets collectifs, comme le socialisme ou le marxisme ou les démocrates chrétiens, ils s’unissent en organisations nationales distinctes ! Si les charbonnages de Liège entrent en grève, ceux de Charleroi soutiennent l’action et ainsi tout le pays est mobilisé moralement et économiquement contre les lois du patronat.
Le chemin parcouru est immense car c’est désormais un sentiment européen qui permet une union forte en une seule centrale européenne : la Confédération Européenne des Syndicats. La CES se présente encore comme « l’organisation unitaire et pluraliste, représentative de l’ensemble du monde du travail, sur le plan européen ». Ces mouvements fusionnent récemment en organisations mondiales. C’est la naissance et le développement d’une démocratie syndicale qui garantit une confiance sur le plan international.
Néanmoins, certains conflits restent toujours présents. Le Montois ne veut pas mettre son argent dans la même caisse que le Malinois et encore moins que l’immigré italien. C’est ici qu’intervient le syndicat. En tant que secrétaire syndical à la Fédération de Liège,
M. Fafchamps est bien plus important qu’un simple gestionnaire administratif ou financier., Son rôle consiste à générer, à faire en sorte que puisse se construire une véritable décision de politique syndicale. C’est lui qui peut donner ou non son accord, au nom de l’organisation syndicale, pour l’intervention de la caisse commune de résistance en cas de grève.
Le syndicat CSC envoie M. Fafchamps en Afrique pour créer des syndicats, en 1958. Ceux-ci veut lutter pour l’amélioration des conditions de travail mais aussi contre le colonialisme au Congo. Dès son retour en Belgique, à la Fédération de la Métallurgie de Charleroi, il est chargé de former et informer les délégués pour les actions syndicales. Il se bat aussi pour une amélioration des conditions des ouvriers des usines chargées de la construction des avions.. Il se bat aussi pour la « Loi sur les crédits d’heures » qui assure un temps de congé pour les employés du secteur privé. C’est un congé éducation payé, c’est-à-dire qui donne le droit d’absence aux travailleurs durant un certain nombre d’heures pour suivre des cours sans perdre leur rémunération.
Sur le plan historique, il nous explique qu’il voit le syndicalisme à travers une évolution constituée de trois grandes étapes :
-CONSTRUIRE UN CONTRAT DE DIGNITE SOCIALE : depuis leur création vers 1880 en Belgique, les syndicats ont pour rôle de défendre le travail des ouvriers et la valeur de ceux-ci. Ils veulent gagner en dignité face aux patrons et ne sont plus être traités comme de la simple marchandise qui peut être virée sous n’importe quel prétexte par exemple. Ils ne veulent plus travailler pour un salaire qui ne leur permet pas de sortir de la misère.
Après la guerre de 1940-45, un pacte dit « de solidarité sociale », a permis la reconnaissance des syndicats et la création de la sécurité sociale.
-DEFENDRE SES ACQUIS : à partir de 1970, ce sont des patrons étrangers qui dirigent les grandes entreprises belges qui n’échappent pas à la MONDIALISATION. Parallèlement c’est la construction de l’Europe qui a permis de protéger les populations de manière plus égalitaire face aux difficultés nées de cette évolution. La défense des travailleurs prend le pas sur les objectifs de promotion économique et sociale.
-CONTINUER SUR LE PRINCIPE DE DEVELOPPEMENT DURABLE : Finalement même si l’on ne s’en rend pas toujours compte, c’est une vraie catastrophe de toute la société qui s’annonce aujourd’hui. Les syndicats mondiaux éprouvent de nettes difficultés dans la capacité de prendre des décisions politiques. Il le faut pourtant dans l’intérêt des générations futures. Il faut continuer le chemin parcouru dans un esprit de développement positif en permettant aux gens de construire des projets de vie à long terme. C’est dans l’URGENCE qu’il faut agir ! Et cela n’est possible que se si l’on provoque dans les plus brefs délais un changement de nos mentalités et dans les structures économiques que l’on doit adapter pour produire les biens nécessaires pour une vie durable.
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