L’évolution technologique, des années 50 à nos jours

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Personne âgée : Je vais commencer par un petit souvenir : en ’58, j’ai reçu une radio « transistor » comme on appelait ça, une portable, enfin, portative comment on dit, enfin qu’on pouvait transporter et qui fonctionnait sur piles mais avant c’était des grands postes de radio et donc c’était pour moi un cadeau, je finissais mes études et c’était un cadeau magique et je me promenais avec tout ça, ça pesait 10 kilos je crois mais je me promenais avec fierté avec cette radio portative et maintenant il y a la radio partout en tout modèle, dans la voiture, ça aussi c’est fou, ça aussi c’est fou. Et j’ai gardé longtemps une radio portative mais d’un poids ! Et puis, l’évolution maintenant, on fait ça, on met en poche hein.

Interviewer : Et donc si je comprends bien à l’époque les radios ne se transportaient pas.

Personne âgée : Ah non, mais c’étaient des grand meubles presque, enfin, c’était magnifique, je me souviens avoir écouté mai ’68 à la radio mais on ne savait pas transporter la radio et on devait faire doucement puisqu’il y avait une radio dans le salon ou dans la salle à manger mais pas ailleurs ! Donc si tu voulais écouter les nouvelles, c’était là et pas embêter tout le monde, tu devais tendre l’oreille. Et on n’avait pas tous les postes non plus, il y avait très peu de fréquences on avait Bruxelles, Paris, c’est tout. Mais voilà. Et puis la télé. Et ça c’est vrai, pour en revenir à la télé, bé, la télé, je crois aussi que Hergé en avait fait le dessin, la télé de Tournesol là, et puis Tournesol avait inventé la couleur, hein la télé en couleur. Mais ça je ne sais pas. Chez moi en tout cas, on n’avait pas de télé avant les années 55-60, chez nous, dans la famille pas, mais on allait chez la grand-tante, le samedi seulement, et il y avait le journal télévisé et quelques films mais qu’on pouvait voir, et les premiers films que j’ai vus en télé et en noir et blanc, c’était Blanche Neige. C’était dommage que ce soit en noir et blanc mais bon, c’était comme ça et puis petit à petit aussi la télé et les postes ont évolué, c’était d’un lourd intransportable et puis, il y a eu la télé en couleur mais je ne saurais pas dire quand. Je sais que le premier reportage en couleur que j’ai vu, mais c’était pas chez nous, c’était le couronnement ou le mariage de la reine d’Angleterre, je crois que c’était le mariage.

Interviewer : Et donc ça c’était le premier film en couleur que vous avez vu ?

Personne âgée : Le premier, reportage, reportage, reportage en couleur. C’était pas tellement beau m’enfin c’était un écran où on voyait la couleur. Mais là j’étais pas chez moi, j’étais chez des amis et on n’en revenait pas non plus.

Interviewer : Et donc ça ça vous a marqué?

Personne âgée : Ah oui, moi ça ça m’a marqué la couleur. Aussi parce qu’Hergé, dans sa bande dessinée, inventait une télé couleur.

Interviewer : C’est vrai que quand on reconstitue ça, quand on replace les dessins d’Hergé dans son époque, on voit qu’il vivait avec l’évolution.

Personne âgée : Avant son temps, oui, il était précurseur, ça c’est sûr. Alors, la télé maintenant, je ne sais même pas ce que ça veut dire la télé digitale, j’ai acheté une nouvelle télé il y a huit ans, qu’on avait en promo, mais c’est encore la télé avec quelque chose derrière, je ne sais pas comment on appelle ça.

Interviewer : Un tube cathodique ?

Personne âgée : Oui, tube cathodique, et c’est pour ça que j’ai eu 25% je crois, parce que, trois mois après, c’était écran plat et ça ne prend plus de place, une télé dans une pièce ! Pour moi, elle va bien, le tube cathodique, je garde mais je sais que ça ne va pas marcher pendant des années encore. La qualité de l’image est tellement différente aussi, puisque non, j’ai une bonne image mais quand je vois chez les personnes qui ont l’écran plat, le plasma là, je dis des mots mais je ne sais pas ce que ça veut dire hein. C’est une qualité impeccable, vraiment.

Interviewer : Ce sont aussi alors des mots qui se sont ajoutés progressivement dans notre vocabulaire.

Personne âgée : Oui ! Ecran plasma, je sais ce que c’est maintenant parce qu’on me l’a dit. Mais, à quoi ça correspond ? Aucune idée. Je ne sais pas. Mais, oui, plus tous les gadgets qui sont venus, les vidéos, …

Interviewer : Les vidéos ?

Personne âgée : C’est dépassé maintenant, c’est les CD, les DVD, les …, bon, moi là, je ne suis pas du tout, j’ai un lecteur vidéo, j’ai reçu ça pour ma pension de mon l’école, c’est charmant, je l’ai utilisé beaucoup et maintenant on ne fait plus des grosses cassettes comme ça et je ne parviens plus à enregistrer, je peux lire mais je ne peux plus enregistrer. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je n’ai pas de lecteur DVD mais parce que j’ai encore plein de cassettes à voir et je me dis mais, dans la vie, on peut faire autre chose que de regarder sa télé ou ses cassettes ou ses DVD !

Interviewer : Et donc, vous vous souvenez alors de votre premier lecteur vidéo ?

Personne âgée : Ah oui, mais il n’y a pas longtemps, il y a dix ans !

Interviewer : Il y a dix ans…

Personne âgée : Ah oui, avant ça je n’en avais pas !

Interviewer : Donc avant ça vous n’enregistriez jamais aucun film, aucune émission…

Personne âgée : Jamais avec la télé, pour moi l’évolution, c’était déjà une petite cassette, enregistrement cassette musique, ça oui de la radio sur des mini cassettes, comment on appelle oui, les cassettes.

Interviewer : Les cassettes audio ?

Personne âgée : Cassettes audio. Ca je faisais. Mais c’était le son ! C’était pas l’image, alors quand il y a eu le son et l’image, par la télé mais, c’est fou les bandes magnétiques, oui c’est ça hein, alors bon, dans l’évolution : le téléphone c’est sûr, on avait encore un vieux téléphone à cadran euh, oui, je ne dis pas qu’on devait remonter mais, je sais qu’en 57, c’est la première fois que je suis sortie de Belgique et mon grand père restait à la maison donc nous allions en Bretagne et on devait téléphoner pour dire qu’on était bien arrivés ou donner des nouvelles, etc. On allait à la poste et on attendait 4-5 heures, avant d’avoir la communication sur Bruxelles.

Interviewer : Donc on ne pouvait pas téléphoner n’importe quand !

Personne âgée : Impossible, il n’y avait pas de téléphone dans les hôtels ou, peut-être dans les hôtels ou je n’en sais rien mais, nous allions à la poste, le matin et on devait retourner, on vous disait « vers deux heures ou trois heures, vous aurez la communication. » Authentique. En 57, on n’avait évidemment pas le téléphone dans les maisons de location, sans doute peut-être dans les hôtels où je sais pas… enfin là aussi ça a évolué parce que… Parce que, les téléphones à touche, les mini téléphones, les gsm,… enfin !

Interviewer : Ca s’est emballé.

Personne âgée : Exactement, ça s’est emballé et tous les jours, il y a une nouveauté, mais pour moi, tant qu’un téléphone fonctionne, pas besoin de changer mais, le téléphone sans fil aussi, ça je trouve génial!

Interviewer : Ah ouais ?

Personne âgée : Ah ben oui ! Qu’on puisse se déplacer dans la maison sinon tu dois toujours aller dans une pièce, la pièce du téléphone forcément ! Et le téléphone sans fil, oui je, enfin oui.

Interviewer : Ca aussi c’est un progrès pour vous qui a été vraiment notable…

Personne âgée : Ah oui, ah oui pour moi oui, et enfin oui, on peut avoir deux ou trois téléphones dans la maison, je trouve ça fou, et utile. Au début, tout ça on dit « mais non, on n’a pas besoin de ça » et dès qu’on l’a, on devient accroc et… dépendant.

Interviewer : Donc, vous voulez dire qu’on s’y habitue finalement assez vite.

Personne âgée : C’est plus de l’habitude, c’est que quand ça manque, c’est tout à fait perturbant. Enfin, on s’habitue très vite, c’est vrai, à ce confort que je n’ai pas eu avant ! Et je me oui, enfin je croyais que je n’avais pas besoin de tout ça mais

Interviewer : Mais finalement quand on l’a …

Personne âgée : C’est ça, ce n’est pas qu’on en ai franchement besoin mais ça facilite tellement ! Eh puis, parfois, on ne retrouve même plus autre chose que ces téléphones sur un petit socle. Non, non, ici je ne sais pas s’il est à fil ou pas.

Interviewer : Il y a encore un câble. Je crois qu’il y a un câble.

Personne âgée : Encore un vieux modèle. Non mais bon, voilà le téléphone euh, bon ben tous les gadgets électroniques, et je ne connais même pas hum tous ces jeux, comment on appelle ça?…

Interviewer : Jeux vidéos ?

Personne âgée : Oui, jeux vidéos, donc ça je ne connais pas mais, Nintendo.

Interviewer : C’est une marque.

Personne âgée : Ah, c’est une marque ! Non, ça je suis dépassée, ça va beaucoup trop vite, là, mon esprit ne suit pas, je ne comprends pas, enfin si, je comprends, mais l’image va tellement vite que je n’arrive pas à, oui, à coordonner mes mouvements en plus, en moins, en devant, en derrière.

Interviewer : Tout ça c’est arrivé récemment aussi alors les consoles…

Personne âgée : C’est ça alors qu’on appelle une console ?

Interviewer : Oui, les consoles Nintendo, Séga,…

Personne âgée : Oui, eh bien oui, mais, honnêtement là, je ne sais pas ce que c’est. J’ai vu des gosses qui jouaient avec ça mais, moi, non je n’y suis jamais arrivée parce que j’ai été chez des enfants qui avaient reçu ça à Noël et il fallait sauver le cheval : « Et allez dépêche-toi », je ne voyais même pas ! Je ne voyais pas, je ne comprenais pas le but du jeu, mais eux, en une deux trois, ils avaient reçu une espèce de petite, un petit truc comme ça, à introduire dedans, un petit disque et où il y a le jeu. Et c’est ça qu’on appelle la console alors ?

Interviewer : Une console de jeux vidéo, oui.

Personne âgée : Et qu’on peut mettre sur la télé ?

Interviewer : On peut le placer sur la télévision et alors il y a des manettes qui relient, et donc les personnages vont évoluer en fonction des instructions donc qu’on leur donne, avec une manette on peut leur dire d’avancer, de reculer,…

Personne âgée : J’ai jamais joué à ça, jamais. Je sais qu’il y a des petites cassettes comme ça, pour les personnes âgées avec des mots croisés, des mots fléchés, des sudokus et tout ça pour essayer d’entretenir la mémoire, j’ai une amie qui a reçu ça de ses enfants et de ses petits enfants parce que… et elle dit, c’est vrai que ça entraîne, alors elle m’a prêté ça, j’obtenais zéro, enfin j’avais un cerveau de… 5-6 ans je crois… pas fière, mais j’avais rien compris, elle ne m’avait pas bien expliqué, si on m’explique les choses, je peux arriver à un petit résultat mais il faut longtemps.

Interviewer : Oui, je comprends, pour vous, ça demande le temps aussi de s’habituer.

Personne âgée : Ah oui oui, ne pas entrer là dedans, comme ça, certainement pas.

Interviewer : Pas l’habitude?

Personne âgée : Non, non, ça ne m’attire pas ! Je suis avec des vieux jeux Monopoly, je veux bien, Mille Bornes, un jeu de cartes, un puzzle, je veux bien mais pas ça, ça va trop vite.

Interviewer : Vous me parliez, de l’évolution des l’ordinateurs notamment.

Personne âgée : Oui, la miniaturisation, c’est inoui!

Interviewer : Vous m’avez parlé aussi des ordinateurs qui faisaient…une grande taille.

Personne âgée : On en aurait mis deux seulement dans cette pièce. C’était des machines, je ne sais même pas dire, des cuves à mazout, on aurait dit des grandes cuves à mazout.

Interviewer : Plus grande qu’une chaudière alors.

Personne âgée : Ah oui ! Beaucoup plus grande, beaucoup. Enfin, je me souviens aussi, dans la grande maison où j’habitais, c’était des cuves à mazout mais je ne sais pas combien on mettait de litres. Dix mille litres ? Et mais, eh bien, l’image en tous cas que j’ai , c’est ça, et ça prenait mais des pièces et des salles entières mais ça rendait des services et le système était avec des cartes perforées. C’était, on nous expliquait déjà que c’était le binaire, oui ou non, trou ou pas trou, blanc ou noir… enfin bon, et ces trous correspondaient à des indications qu’on pouvait tout de suite décoder, euh, il y avait ce système chez Colruyt d’antan. Les premiers Colruyt avaient, c’était pas les grosses machines comme j’avais vu à la Générale de Banque, enfin, oui, Générale de Banque, mais c’était des machines, du reste, on devait prendre sa carte, ou il y avait les indications du produit dont on se servait et avec le chariot et il mettait ça dans la machine qui lisait et qui sortait en clair.

Interviewer : Et c’était à quelle époque ?

Personne âgée : Oh, il n’y a pas si si longtemps ! Il y a peut-être 25 ans, enfin… Mais alors quand je vois toutes les machines aussi, machine à café et tout ça, tout ce qui facilite la vie d’une femme au travail parce que quand même, ça aide…

Interviewer : Il n’y avait pas de machine à café ?

Personne âgée : Non toi ! Mais non, on faisait chauffer l’eau dans une bouilloire et on passait enfin dans un filtre sur une grande cafetière, à la main. Oui, non, le jour où on a eu une machine à café, c’était le dimanche qu’on utilisait ça et puis c’était pas du tout électrique, attends si quand même, c’était électrique mais c’était des systèmes moins faciles que ça et en verre, très fragile, je me souviens des dimanches où on a cassé plusieurs fois…

Interviewer : Des machines à café…

Personne âgée : Ah oui, ou des pièces en tout cas. Oui, qu’est-ce que je peux encore te dire, mais non mais, les machines à laver, ça c’est fou parce que je reverrai encore toujours ma mère dans des grandes bassines, il fallait faire tremper le linge, écoute on était une famille de sept personnes ça fait beaucoup et…

Interviewer : Pendant votre enfance ?

Personne âgée : Non, j’étais même adolescente, oui, maintenant je suis restée à la maison jusqu’à, 27-28 ans, en 72, et on faisait toujours, tremper le linge, le dimanche soir, puis ça chauffait toute la nuit, avec un grand rond de gaz, doucement et puis, il fallait tourner, essorer, enfin, c’était un travail de dingue, de dingue, quand tu vois maintenant, ça tu sais faire je suppose, la machine à laver ?

Interviewer : Maintenant ça se résume à pousser sur des boutons.

Personne âgée : Ah bé, voilà. Tu pousses…

Interviewer : changer le filtre

Personne âgée : Voilà, c’est tout ce qu’il y a à faire, c’est fou, ça c’est incroyable, incroyable ! Bon, le lave-vaisselle, moi, ça ne m’intéresse pas, parce que je suis seule … Quel changement et quelle chance pour les familles aussi, c’est vrai, il n’y a plus personne qui vit sans lave-vaisselle quand on est déjà à trois ou à quatre. La lune, tu voulais encore…

Interviewer : Oui on peut mais,…

Personne âgée : La lune, ça je m’en souviens oui, mais bon je ne comprenais rien aux calculs et tout ça mais je trouve aussi génial d’envoyer quelqu’un sur la lune plusieurs fois, et puis la navette qui a explosé, ça je m’en souviens aussi, mais ça c’était plus récent, tu devais….

Interviewer : Apolo 13 ?

Personne âgée : Ah oui, ah ça, j’ai vu ce démarrage et puis, plus rien, ah ça c’était, sept, ils étaient sept dedans. Ca doit arriver, maintenant on craignait que, il y a eu, c’était la semaine passé, une navette où il y avait eu un problème où quelque chose qui aurait cogné mais là ils sont descendus quand même.

Interviewer : Je ne sais pas si, il y a encore quelque chose à ajouter.

Personne âgée : Qu’est ce qui m’épate encore ? Enfin bon, oui, l’ordinateur, les possibilités de l’ordinateur, infinies et le peu de choses que je peux faire ! Enfin oui, que j’exploite mais toi aussi, hein. C’est comme ceux qui, le piratage aussi, tout ça est possible, mon autonomie et mon comment on appelle, ma personne, je suis sur Internet enfin, je ne sais pas, toutes les banques de données, ça n’est plus, ce n’est plus contrôlé, c’est incontrôlable presque.

Remarque à l’attention du lecteur : le texte est une retranscription très proche de l’oral.

 

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