La condition juive pendant la guerre
La période du XXème siècle qui m’a le plus marquée, c’est la guerre 40-45. Donc je suis née en 1939 et j’ai été persécutée comme tous les enfants juifs dans le monde, malgré que je soies une petite fille et que c’était moins visible que les garçons qui étaient circoncis (on savait voir la différence). Tout bébé je ne me rappelle pas naturellement avoir eu de problèmes, mais je me rappelle quand, environ 1942-1943, je suis tombée dans une famille qui m’a soignée parce que j’étais très malade par manque de nourriture et d’hygiène. D’où je venais, il est vrai que les Belges manquaient de tout, ils vivaient avec des tickets alimentaires, devaient s’approvisionner, avec des tickets, donc ils n’avaient pas même nécessairement pour eux la nourriture adéquate et, quand je suis arrivée dans cette famille, ils m’ont soignée, nourrie, enfin, ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient et notamment ils m’ont conduite dans un centre de soins tenu par des médecins officiers allemands qui m’ont donné un traitement assez solide pour que je me retape. Et le voisinage a été prévenu parce que ma mère naturelle juive est venue me voir quelquefois - pour se cacher notamment - et je crois que le voisinage a été au courant, Dieu sait bien par qui, et comme la gestapo à cette époque proposait à des personnes de dénoncer des personnes juives (et même les enfants juifs cachés dans des familles Belges). La gestapo remettait une indemnité assez conséquente aux personnes qui pouvaient dénoncer des personnes ou des enfants juifs cachés. Donc, vu le manque d’argent et de possibilités que les Belges ou d’autres nationalités qui habitaient en Belgique avaient, ces gens-là dénonçaient très facilement. Euh, peut-être pas toutes naturellement mais il y en a certaines qui l’ont fait. Et mon futur père adoptif avait installé dans le fond d’une grande armoire, une cache pour moi en cas où la gestapo serait venue voir suite à des dénonciations, et me cachait derrière, dans le fond de cette armoire. Il avait fait une cache avec un petit banc. Mon père était facteur des postes donc il voyait les allées-venues dans les rues et s’il avait vu quelque chose approcher on me cachait là dedans […]
Auteur belge né en 1939 souhaitant rester anonyme.
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