Refuge d’une enfant juive à la campagne pendant la guerre
…vu la situation en Belgique à Bruxelles, ma mère adoptive m’a conduit d’ailleurs je crois en 43, 44 je ne sais plus exactement en quelle année mais pendant la guerre, à la campagne où là j’allais être mieux nourrie et élevée au grand air et supprimer le risque de dénonciation par la gestapo. J’ai vécu quand même une année je crois à la campagne.
- Donc les gens pensaient qu’il y avait moins de risque d’être dénoncé en campagne ?
-Oui, naturellement ! Mais malgré ça, des années après, je suis retournée dans cette campagne, j’étais cheftaine d’une compagnie de guides et j’ai fait mon dernier camp guide dans la région où j’étais cachée. J’avais gardé des contacts avec les gens qui m’avaient soigné pendant au moins un an, et je retournais quand même presque chaque année passer des vacances chez eux. Et il y a une ferme où j’étais logée avec mes guides, enfin non, on logeait en tente avec mes guides et il y avait une ferme à côté. Un jour, il y a une femme avec des gosses qui sont venus à la barrière pour parler avec mes guides, et puis ils ont dit, comme les gens transmettent, « ah oui, votre cheftaine, c’est une sale juive qui est venue se cacher chez nous pendant la guerre. » Ca ne m’a pas fait très plaisir mais je n’ai pas été les trouver pour ne pas envenimer les choses. J’ai du expliquer un peu à mes guides pourquoi on disait ça, mais ce qui était très bizarre, c’est que le nom de juif était toujours associé à « sale juif », et ça c’est très désagréable à entendre.
- Vous pensez que les préjugés étaient restés donc après la guerre ?
- Ouais, et encore maintenant. […]
Interview d’une personne belge née en 1939 souhaitant rester anonyme.
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